Pensé comme un temps dédié au cinéma documentaire, le Mois du Cinéma Documentaire, organisé par Échos Cinématographiques, en partenariat avec Hakka Distribution et qui s’est tenu du 18 septembre au 12 octobre 2025 , a proposé une immersion dans des écritures contemporaines, en mettant en circulation des films d’auteurs issus de contextes variés.
Déployé sous forme de parcours itinérant entre Tunis, Bizerte, Hammamet, Nabeul, Mahdia, Kef, Sousse et Gabès, le programme a articulé quarante-deux projections de onze films et des discussions en présence des réalisateur·rices.
Ces moments d’échange ont été prolongés par des rencontres qui ont permis de partager les parcours de création de films documentaires, les chemins qui ont permis aux cinéastes de construire leurs regards et leurs pratiques, dans les contextes où ils-elles évoluent, ainsi que les outils de production qu’ils-elles ont développés. Une table ronde intitulée « La diffusion du film documentaire : enjeux et horizons » a réuni Taher Chikhaoui, Leila Tsekaiev, Dieudo Hamadi et Mohamed Frini. Les échanges ont porté sur la place du documentaire dans les circuits de diffusion, commerciaux et alternatifs, ainsi que sur les stratégies à envisager pour renforcer sa visibilité et élargir son accès aux publics.

La soirée d’ouverture, organisée au CinéMad’art de Carthage, a présenté La Guêpe et l’Orchidée de Saber Zammouri, un film qui interroge les liens entre migration, territoire et mémoire. D’autres œuvres ont marqué cette première partie de programmation, notamment Soudan, souviens-toi de Hind Meddeb, centré sur les mobilisations de la jeunesse soudanaise, et Les Miennes de Samira El Mouzghibati, qui explore les dynamiques familiales et les questions d’identité à partir d’un récit personnel.
Au fil des séances, la programmation a réuni des cinéastes aux approches et aux contextes multiples. Le travail de Saber Zammouri, réalisateur tunisien, s’inscrit dans une réflexion sur les récits invisibles et les territoires marginalisés. Celui de Hind Meddeb, réalisatrice et journaliste franco-tunisienne, traverse les questions de luttes sociales, de migrations et d’engagement politique. Samira El Mouzghibati, cinéaste marocaine installée en Belgique, développe une écriture à la croisée de l’intime et du documentaire, attentive aux questions d’héritage et d’identité.

La programmation a également inclus des films de Muhannad Lamin, réalisateur libyen dont le travail s’attache aux trajectoires individuelles dans un contexte de transformation politique, ainsi que de Dhia Jerbi, documentariste tunisien dont les films explorent les rapports entre mémoire, famille et déplacement. Le cinéma de Adriano Valerio, entre fiction et documentaire, s’intéresse aux frontières et aux expériences humaines qui les traversent, tandis que celui de Caroline Mansour et Mouna Khalidi, documentaristes palestiniennes et libanaise, se concentre sur les questions d’exil, de droits humains et de récits de femmes.
D’autres regards ont enrichi cette programmation, notamment celui de Gildas Adannou, assistant béninois à la mise en scène du film Dahomey de la cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop dont le travail interroge les héritages coloniaux et les enjeux de restitution culturelle, et celui de Laurent Pantaléon, réalisateur réunionnais, dont les films s’inscrivent dans une réflexion sur les identités créoles et les formes de transmission.

L’ensemble de ces propositions a permis d’aborder une diversité de thématiques politiques, sociales, intimes ou historiques à travers des formes documentaires variées, allant de l’observation à des écritures plus hybrides.
Les projections ont donné lieu à des discussions qui ont ouvert des espaces d’interprétation et de mise en perspective des films.
Le dispositif a par ailleurs intégré les participant·es des formations en analyse et écriture critique et du programme Cinéphilia, impliqué·es dans la modération des séances et l’accompagnement des publics. Cette participation a constitué un prolongement direct des apprentissages, en les inscrivant dans une pratique située au contact des œuvres et des spectateurs.
Au total, les projections se sont tenues dans vingt lieux différents, salles de cinéma, théâtres, centres culturels et cinéclubs, mobilisant un réseau élargi à l’échelle de plusieurs gouvernorats et soutenant les ciné-clubs et collectifs qui programment des films indépendants, notamment documentaires et développent un travail de médiation auprès de leurs communautés.
Vingt-cinq modérateurs ont accompagné les échanges, dont une partie issue des programmes de formation, contribuant à structurer des espaces de dialogue autour des films.

À travers cette circulation des œuvres et des échanges, le Mois du Cinéma Documentaire a proposé un cadre de diffusion et de réflexion autour du documentaire, en lien avec les pratiques contemporaines et les enjeux de visibilité de ce cinéma en Tunisie.

