Par Mohamed Frini 

Le cinéma tunisien contemporain est passé par des évolutions dont l’observation a échappé à une interprétation collective, probablement par insuffisance des travaux consacrés à ces sujets. Pourtant il y a eu, en 2011 en Tunisie, ce tournant que nous aimons appeler “révolution”. Marqué par la prise de la liberté d’expression, interdite depuis des siècles, il s’en est suivi, et bien avant tout changement notable dans les politiques culturelles de l’État, une explosion de la production cinématographique nationale. En une décennie, le nombre de longs métrages de fiction produits a pratiquement doublé, le public longtemps absent a fait son retour dans les salles obscures, sans parler de la présence renforcée des films tunisiens dans les festivals internationaux. 

En dépit de cette évolution, les décideurs politiques, l’opinion publique et même certains intellectuels parlent encore aujourd’hui d’un cinéma de hammam en référence aux clichés orientalistes qui ont collé à la réputation du cinéma tunisien depuis le milieu des années 1990. Les lectures simplistes et stigmatisantes, les opinions à l’état brut, les jugements spéculatifs ont de nos jours la presse facile tandis qu’il y a peu de travaux consacrés à la compréhension de ce qui s’est raconté de singulier dans les cent dernières productions nationales.
Qu’est-ce qui les caractérise ? Comment les appréhender ? Ce manque a suscité notre curiosité et donné l’envie de focaliser une attention au cinéma tunisien contemporain afin de tenter de comprendre son histoire, ses enjeux et ses trajectoires.
De ce besoin partagé, est né le projet porté par l’Association Echos Cinématographiques, de constituer un blog consacré au cinéma tunisien, porté par un collectif indépendant et bénévole, proposant des critiques, des tables rondes, des analyses et des entretiens accompagnant des événements marquants. A travers notre activité, nous espérons constituer un fonds de textes critiques qui rendent compte de points de rencontre dans le temps entre des films et des perceptions de spectateurs.trices. 

Pour cette édition imprimée, publiée pendant la 36ème session des Journées Cinématographiques de Carthage, notre travail a porté sur les films de la Compétition Officielle, section la plus représentative du festival.
Nous avons procédé sans distinction mais également sans être exhaustifs.
Entre longs et courts métrages de fiction, documentaires et films d’animation, notre travail a porté sur 7 films.
Quinze textes ont été sélectionnés pour figurer dans ce bulletin. D’autres films seront vus pendant le festival et feront l’objet de publications ultérieures sur notre blog.

Nous adressons nos sincères remerciements aux réalisateurs.trices et producteurs.trices qui nous ont confié leurs films avant le festival.